LES ECOLES

 

 

Nous avons vu que le collège colonial fut d'abord créé par la municipalité le 1ier janvier 1876, qu'il avait été primitivement installé dans les locaux de la place Lavigerie, aujourd'hui occupés par l'école maternelle et que celui qui existe avait été inauguré le 18 avril 1887 par M. Marcelin Berthelot, ministre de l'instruction Publique.

Nous devons remonter à l'année 1844 pour trouver la date où fut fondée à Blida la première école:"cette unique chambre nue où les élèves s'asseyaient sur les malles en tenant leurs ardoises sur les genoux"  comme le rappelait, dans son discours d'inauguration du collège communal, le regretté M.Mauguin, sénateur maire, qui y avait été élève.

Plus tard, une école primaire communale, la première, fut installée dans un local qui se trouvait sur la place d'Armes, à côté de l'église, sur une partie de l'emplacement occupé aujourd'hui par la maison Flandrin (Galeries de France); elle était dirigée par M.Dordor.

Ce dernier, instituteur de grande valeur, fut plus tard envoyé à Alger où il dirigea rue Dupuch, une école primaire communale; son souvenir est ineffaçable chez ses anciens élèves groupés aujourd'hui en amicale, sous le nom d'"Anciens élèves de l'école Dordor". Les journaux d'Alger annoncent périodiquement leurs réunions.

Plus tard cette école fut transférée rue Denfert-Rochereau où elle existe toujours, dans un immeuble délabré, à proximité du quartier réservé, dans des conditions morales et d'hygiène très défectueuses; son déplacement est envisagé.

Après M.Dordor, cette école eut comme directeur M.Cazenave qui, à l'instar de son prédécesseur, a laissé à Blida un impérissable souvenir. M. Cazenave était le père de M.Jules Cazenave, le très distingué rédacteur en chef de la Dépêche Algérienne, ancien chef d'un important service au Gouvernement Général.

Nous revoyons ce maître, petit de taille, tout rondelet, à la figure intelligente, bienveillante et expressive, souvent entouré de ses élèves à l'heure de la sortie des écoles, ce qui indiquait combien il en était adoré.

Le nom de Cazenave fut  très longtemps donné à cette école, alors qu'il l'avait quittée à sa retraite, pour prendre les fonctions d'économe du collège communale, mais aujourd'hui -ainsi passe la gloire du monde- son nom est presque oublié et cette école n'est plus dénommée que École de la rue Denfert Rochereau.

Presqu'en même temps que l'école Dordor, s'installa dans un immeuble de la rue Pavy, qui a une façade sur la rue Coulouglis et la rue du Bey, une école tenue par les frères des Écoles Chrétiennes, filiale d'une importante école que les frères avaient à Alger, rue Mogador.

Après la séparation de l'Eglise et de l'Etat, ces locaux furent occupés par une deuxième école primaire, nouvellement créée, qui fut dénommée école de la rue Pavy.

Malgré que les salles fussent spacieuses, l'augmentation du nombre des élèves nécessita la construction d'une école plus vaste: elle fut édifiée sur le boulevard Bonnier dans toutes les régles modernes de l'hygiène, elle est aujourd'hui dénommée: École du boulevard Bonnier.

L'ancienne école de la rue Pavy propriété de la commune est aujourd'hui louée à deux cafetiers européen et indigène.

 

Bien avant que ne fut envisagée la création d'un collège en 1876, les Pères Salésiens de l'ordre de Saint François de Sales en avaient créé un qui fut installé avenue des Moulins, dans l'immeuble devenu plus tard la fabrique de pâtes alimentaire Spitéri: il était dénommé: Collège Saint Charles.

Cette institution parvint rapidement à une prospérité telle que son déplacement s'imposa et elle fut transférée dans des locaux plus vastes au faubourg d'Alger, où l'on vient d'installer l'école secondaire de jeunes filles.

Sa prospérité augmenta de nouveau, tellement que les frères salésiens décidèrent la construction de toutes pièces d'un grand collège: il fut édifié dans une orangerie entre boulevard Bonnier et l'avenue de la Chiffa.

Peu d'établissements scolaires sont susceptibles de rivaliser avec ces constructions d'une solidité à toute épreuve, d'un agencement très judicieux. Tout est vaste et aéré, des cours spacieuses, des jardins, orangeries et, même, une piscine de natation y est aménagée.

C'est sous  la surveillance de tous les instants du supérieur, le père Martin, que fut érigée cette belle construction.

Dépossédés par la loi de séparation, les pères salésiens durent abandonner cette école qui fut affectée peu après à l'école primaire de jeunes filles.

Le père Martin eut un tel chagrin de cette expulsion de ce qui avait été son œuvre où il avait mis toute sa fortune personnelle, qu'il en mourut.

 

La première école primaire de filles qui fut créée à Blida fut installée dans une maison Mauresque à laquelle on accédait par une voûte, dans une impasse de la rue du Bey.

Cette école ayant pris de l'extension, des bâtiments scolaires furent construits, place Lavigerie près des locaux actuels de l'école maternelle, qui furent primitivement  occupés par le collège communal.

 

Plus tard, la construction d'une seconde école primaire de filles et d'une seconde école maternelle s'imposa et c'est sur cette place dite de l'Orangerie, en bordure de la rue du même nom, appelée aujourd'hui  rue Fourrier, que cette construction fut édifiée; nous avons dit que sur cette place se trouvaient d'un côté le temple protestant et de l'autre la gendarmerie. Immeuble désaffecté plus tard et acquis par notre sympathique concitoyen, M.Eugène Texier, qui y loge de nombreux petits ménages d'ouvriers.

Un pensionnat de jeunes filles tenu par les religieuses de la Doctrine Chrétienne fut primitivement installé dans la grande villa, propriété de Madame Muller, à l'entrée gauche de l'allée des Moulins.

Plus tard, une très belle école fut construite sur le boulevard de Metz, tout à côté, dans l'installation de ce pensionnat, qui avait pris très vite une grande extension; depuis la séparation de l'Eglise et de l'Etat, il est dirigé par des institutions laïques: quelques religieuses s'occupent de l'économat.

A la  création d'une école primaire supérieure de jeunes filles, on utilisa pour elle les locaux du faubourg d'Alger laissés libres par les prêtres salésiens, qui venaient de s'installer dans leur nouveau collège, près du boulevard Bonnier.

Cette école prit une seconde  fois la place des pères salésiens, mais cette fois à la suite de leur expulsion, dans la magnifique construction où elle se trouve toujours.

Sous la même dénomination d'école St Charles, un pensionnat libre a été installé boulevard sud, près de la porte El-Rabah; il prit rapidement une grande extension.

 

Quant aux locaux du faubourg d'Alger, devenus libres, ils servirent à un moment donné de magnanerie, puis furent achetés il y a trois ans par la Colonie et ils servent aujourd'hui à l'école secondaire de jeunes filles.

Cette école secondaire doit sa création à deux très dévoués professeurs: M.Savineau, aujourd'hui principal du collège de Sidi-bel Abbès et Mlle Estorc, devenue Madame Lebeau, fille de notre sympathique receveur des postes.

Tous deux, avec les moyens les plus précaires réunirent quelques jeunes filles désireuses de recevoir cette instruction, sans se déplacer jusqu'à Alger, dans un petit appartement de la rue Lafayette et ce fut l'embryon de cette dont les autorités universitaires comprirent l'utilité.
Le nom de ces distingués créateurs de cette utile école ne devraient pas rester dans l'oubli.

 

Deux écoles d'apprentissage ont été créées à Blida; la première, qui est un ouvroir pour les jeunes filles indigènes, est situé sur la route de Dalmatie  au quartier des Ouled-Soltane; elle donne à ces élèves l'instruction primaire et leur apprend la fabrication des tapis, des dentelles, etc..

 

La seconde est destinée aux garçons indigènes; elle fut construite sur l'emplacement de l'ancienne halle aux tabacs; elle donne également aux jeunes indigènes l'instruction primaire et leur apprend divers métiers manuels: menuiserie ordinaire et d'art, broderies sur cuir, cordonnerie, etc.; elle exécute des travaux pour les particuliers dans des ateliers fort bien aménagés.

Le déplacement de cette école est en projet. Elle serait construite dans le prolongement nord du boulevard Bonnier et l'école primaire de la rue Denfert-Rochereau prendrait sa place rue Tirman.

 

Les annexes de Joinville, Montpensier et Dalmatie ont chacune leur école primaire et dans cette dernière annexe se  trouve un pensionnat libre destiné aux enfants de condition modeste qui y reçoivent une bonne instruction primaire et ménagère; elle permet à bien des mères de se livrer au travail hors de leur logis, assurées que leurs enfants y sont en sécurité, à des prix abordables tout en y recevant une suffisante instruction.

 

Commandant ROCAS

Le Tell 1927